Les chroniques d’une hafu
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Chapitre 1 : Le concept de hafu
Il y a des identités qui se devinent en un regard, et d’autres qu’on met toute une vie à comprendre.
Je suis née entre deux cultures : la française et la japonaise. Mon quotidien a été tissé de baguettes 🥢 et de baguettes 🥖.
Mon père est français, ma mère est japonaise, je suis logiquement franco-japonaise. Pourtant, ça n’a pas toujours été aussi évident pendant mon enfance, lorsque je me construisais en tant que personne, que je recherchais ma véritable identité.
On m’a souvent demandé : “Tu es quoi ?” Et selon les jours, j’ai répondu “je suis franco-japonaise”, “je suis métisse”, « je suis française », « je suis japonaise » quand ça m’arrangeait ou tout simplement : “je suis moi”.
Pour parler davantage de moi (même si j’approfondirai dans les prochains chapitres), en termes de scolarité, j’ai fait une scolarité basique et commune, je l’ai faite entièrement en France malgré quelques mois passés à la maternelle au Japon (mais j’en parlerai un peu plus tard). J’ai fait un collège et lycée général. Ensuite, à la fac, j’ai fait une LEA anglais-japonais et j’ai été jusqu’au Master.
Et aujourd’hui, je fais un métier qui a du sens pour mes deux nationalités car je suis Travel Planner spécialisée Japon. J’aide mes clients pour l’organisation de leur voyage au Japon et pour avoir un itinéraire qui correspond à leurs envies en donnant aussi mes recommandations et mes conseils. Travailler entre ces deux pays et pouvoir partager le Japon aux francophones a toujours été mon rêve et je suis vraiment heureuse de ce que je fais.
Hafu ?
Le mot hafu (ハーフ) est un terme japonais qui désigne les personnes à moitié japonaises. Il vient de l’anglais half : une moitié.
Derrière ce mot se cachent autant de réalités qu’il y a de parcours. Certaines le rejettent, d’autres s’en emparent. Moi, je l’ai longtemps porté avec un mélange de fierté et de malaise.
Ce mot est assez compliqué à accepter, puisqu’il signifie « moitié ». Mais peut-on se qualifier d’une moitié de nationalité ? Je ne pense pas et c’est pourquoi c’est un terme que je n’apprécie pas particulièrement (même si je l’utilise souvent, puisque c’est un terme commun au Japon).
Car biologiquement parlant, je suis 50% Japonaise, 40% Française et 10% Italienne donc… ça fait pas vraiment 50-50 au sens littéral du terme.
Parce qu’être une hafu, ce n’est pas seulement cocher deux cases sur un formulaire. C’est aussi grandir avec deux langues, deux façons de penser, parfois deux manières de se sentir « pas assez ». C’est jongler avec les attentes, les malentendus, les regards curieux, les compliments maladroits, les jugements déguisés et très souvent, le racisme banalisé.
Pourtant c’est aussi une richesse immense, un regard double sur le monde que l’on comprend seulement plus tard, car ça n’a pas été mon cas pendant mon enfance.
J’ai décidé de lancer cette chronique parce que j’ai longtemps cherché des récits qui me ressemblent, sans vraiment les trouver. Les identités métisses sont souvent racontées de l’extérieur, ou réduites à des clichés : l’exotisme, la « beauté mixte », la confusion identitaire… Mais peu de voix parlent de ce que cela signifie vraiment, au quotidien, avec ses contradictions, ses nuances, ses petites victoires intimes.
Écrire Les chroniques d’une hafu, c’est une manière pour moi de reprendre la parole, de rendre visible ce qui est souvent tu, et peut-être d’ouvrir un espace où d’autres se reconnaîtront, ou apprendront à mieux comprendre. D’ailleurs, ça ne se limitera peut-être pas forcément au Japon et à la France, car je suis certaine que d’autres personnes métisses peuvent ressentir les mêmes sentiments et avoir des vécus similaires aux miens.
Dans cette série d’articles, je vous invite à découvrir mes chroniques de hafu. Pas pour donner une vérité générale, mais pour partager une voix. La mienne. Celle d’une femme qui a grandi entre la France et le Japon, entre deux langues, deux familles, deux histoires. Je parlerai d’identité, de langue, de beauté, de normes, de mémoire, de famille. Je parlerai aussi de silence, de colère parfois, mais surtout de ce qui nous lie : la recherche de soi.
Les hafu vus par les Japonais… et les Français
Le regard porté sur les personnes métisses varie énormément selon le pays. Au Japon, les hafu sont souvent mis en avant dans les médias : mannequins, célébrités, sportifs… On les admire pour leur beauté “à part”, leur côté “international”. Mais cette mise en lumière est à double tranchant. Car derrière cette image idéalisée, beaucoup de hafu vivent l’exclusion ou la marginalisation, notamment lorsqu’ils ne parlent pas bien japonais ou qu’ils ne “passent” pas physiquement pour Japonais. Là-bas, être “à moitié”, c’est parfois être perçu comme “pas complètement” Japonais, voire pas du tout.
Vous aurez beau avoir du sang japonais, on ne vous verra pas comme tel (et encore moins si votre physique ne se rapproche pas de ceux des Japonais).
En France, le métissage est abordé différemment. On parle moins de hafu comme catégorie, mais on est vite ramené à ses origines.
“Tu viens d’où ?” ou “Tu parles japonais ?” sont des questions classiques. On valorise l’ouverture, le métissage mais sans toujours comprendre ce que cela implique d’être pris entre deux cultures, deux attentes. Cependant, je trouve quand même que le métissage est davantage compris et moins enclin à l’exclusion (je trouve la France beaucoup plus diversifiée dans les origines, ça aide !).
Même si… dans les deux pays, on célèbre ce qui intrigue, tout en rendant invisible ce qui dérange ou complexifie.
Bienvenue dans Les chroniques d’une hafu. J’espère que vous vous y reconnaîtrez, un peu, ou que vous y découvrirez un ailleurs.
On se retrouve bientôt pour le deuxième chapitre : Naître entre deux cultures.
